A la recherche de l’âme de la Guinée

A la recherche de l’âme de la Guinée

Du 17 au 20 juin 2018, nous avons reçu Nicole et Katrina respectivement membres des sections narration et design de l’équipe de création de contenu de Dubaï Expo 2020.  

A leur arrivée, le premier soir, nous avons diné ensemble, nous l’équipe Guinée Dubaï 2020 ainsi que le Ministre Gabriel Curtis chargé des Investissements et des Partenariats Publics Privés (cumulativement Commissaire Général de la Guinée à l’Expo de 2020). Autour d’un repas au départ très courtois et timide, les langues se sont ensuite déliées. Nicole et Katrina nous ont avoué qu’elles trouvaient l’ensemble des documents (dont notre proposition thématique ou theme statement) que nous leur avions envoyé très intéressant, mais elles ne sont pas parvenues à entrevoir la spécificité de la Guinée. Qu’est-ce qui démarque la Guinée des autres pays africains ? Point impossible à percevoir sur internet, la Guinée étant avare en information sur sa contrée.

Nous avons pu dès le premier soir discuter de l’absence d’une image de la Guinée à l’extérieur du pays. La très créative Nicole, qui maîtrise l’art d’émerveiller par les mots, devenue experte en création de contenu pour nourrir l’image de marque nigériane, a fait remarquer que donner envie de découvrir la Guinée pourrait commencer par la délicieuse salade d’avocat et de mangues qui régalait ses papilles lors de notre conversation.  

Bâtir l’image d’un pays et susciter de la curiosité pour qu’il soit découvert peut commencer par une description succulente de ses fruits et légume. C’est ce qu’ont compris les innombrables blog-trotteurs qui sillonnent les pays, et lieux touristiques et partagent leurs expérience et sensations fortes suscitées par une balade en nature, la découverte d’une épice spécifique etc.

D’après les expertes Nicole et Katrina, le problème du marketing de la Guinée n’est pas ce que le pays a à offrir, mais plutôt comment il vend et présente ses richesses à l’extérieur. Katrina, a d’ailleurs approuvé la qualité exceptionnelle de nos mangues à la fois savoureuses, sucrées et fermes. La Philippine, son pays d’origine, a été capable de créer une campagne de marketing et toute une identité basée sur la qualité exceptionnelle de ses mangues. Katrina a exprimé le désir de voir la Guinée faire de même.
Le ministre Gabriel Curtis, leur a fait part de son réel désir de surprendre « Personne n’attend la Guinée, et nous voulons surprendre le monde entier !» Il souhaite que la Guinée soit un pays coup de cœur des visiteurs de l’Expo. Le ministre a ensuite résumé en très peu de mots tous les enjeux que représente notre participation à l’exposition universelle de Dubaï. Comment offrir une image positive, d’une nation ayant vécu loin des projecteurs durant 60 ans ?

Cette question a été le point de départ pour la session de travail. Nous nous sommes tous interrogé sur un nombre de questions dont :

  • Qu’est-ce qu’il y a de surprenant en Guinée ?
  • Comment voyons-nous la Guinée dans 10 ans ?
  • Quels 3 mots peuvent définir la Guinée ?
  • Que signifie les thèmes développement durable et renouvellement urbain axé sur l’eau ?

La Guinée pourrait être une femme, donneuse de vies aux pouvoirs insoupçonnés. Château d’Eau de l’Afrique de l’Ouest, elle donne naissance à 4 grands fleuves qui arrose les pays limitrophes notamment le Niger, le deuxième plus grand d’Afrique. Elle détient par ce biais une forte responsabilité géopolitique. Elle est source de vie et peut aussi être source de mort si elle ne gère pas durablement ses ressources et son environnement.

Son importante hydrographie lui confère une terre riche, fertile, aux propriétés diverses. Une multitude de terres fertiles et arables et des richesses minières exceptionnelles, ainsi que des systèmes écologiques complexes et variés. Il n’y a qu’en Guinée que l’on trouve la grenouille mammifère, le chimpanzé du Bossu qui enterre ses morts et imite la vie humaine. Au large des côtes atlantiques, émerge un iceberg rocheux qui est le point de rencontre annuel de tous les oiseaux migrateurs du monde. Pour ne citer que ces exemples.

Sources de fleuves d’Afrique de l’ouest elle est aussi à la source de la Première déclaration des droits de l’homme, la charte du Mandé ratifié au XIIème siècle, aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, au même titre que la réserve naturelle du Mont Nimba, et le premier Balafon au monde. Premier pays francophone indépendant en 1958, elle a aussi abrité autour du XVème siècle une des premières démocraties avec le royaume théocratique du Fouta. En somme, la Guinée est une source d’inspiration pour la civilisation humaine, mais qui s’ignore comme telle.

C’est à la suite de cette longue liste des exceptions de la Guinée, que nous avons trouvé le fil conducteur de l’exposition. Il ne s’agit plus de dire « développement durable et renouvellement urbain axé sur l’eau, source de vie » mais tout simplement, « La Guinée, source de vie ». C’est sous ce titre que la Guinée montrera sa riche culture construite autour de l’eau, ses magnifiques paysages naturels, ses innovations en termes de développement durable et renouvellement urbain.

En termes de développement durable, il existe une prolifération d’initiatives à plus ou moins grande échelle. La plupart d’entre elles portent sur le développement d’un contenu local riche mais qui n’est point visible car pas centralisé, ni coordonné. De nombreuse coopérative, de femmes notamment, travaillent à une éco-labellisation de nos produits locaux guinéens ; comme le riz de mangrove, « Bora-Malé », le café Ziama, l’unité de production de confiture Kanya-Nema, ou le fonio de la petite Damba.

Il existe aussi plusieurs initiatives portées par les jeunes. Des formes de coopératives innovantes sur l’agriculture montrent une prise de conscience globale vis-à-vis de la nécessité d’une gestion alternative des ressources.

En ce qui concerne le renouveau urbain plusieurs actions entreprises au cours de ces deux dernières années par le gouvernement, montrent la priorité du pouvoir décisionnaire à transformer la capitale. Un schéma directeur de Kaloum et des îles de Loos a été établi pour une mise en œuvre à l’horizon 2040.

Le thème principal de notre participation à l’expo, porte sur le lien entre la Guinée et l’eau. Nous nous sommes alors posé la question de savoir quel message la Guinée veut elle divulguer sur l’eau au regard d’un développement durable de sa société et de l’environnement ? Quelle est sa contribution au monde, quel message les visiteurs doivent retenir de la Guinée autour de ce thème ? Nous avons établi que la Guinée en tant que « Château d’eau de l’Afrique de l’Ouest » a une importante responsabilité géopolitique vis à vis des autres pays.

Notre chère Guinée est méconnue, mais elle est pourtant le centre hydrologique de nombreux pays ouest africain. Et là ! Nous avons trouvé comment nous positionner vis-à-vis du monde entier. En partant de ce simple fait crucial. Il ne s’agit plus de présenter la culture du pays depuis l’intérieur uniquement. Mais de la mettre en avant à travers le rôle que la Guinée joue dans le monde entier. De la même manière que l’action de chaque être humain a un impact sur l’environnement. Voilà le départ de la présence de la Guinée à l’Expo Universelle de Dubaï en 2020.

La consommation en eau du visiteur, associée à la gestion en eau de la guinée sera le fil conducteur de l’Expo. Une utilisation exemplaire de l’eau allumera les faits exemplaires de la culture de la Guinée autour de l’eau. Les faits historiques le long du Niger, la riche histoire dans chaque région vis-à-vis de l’eau. Ainsi le visiteur pourra ressentir la différence entre un monde sans eau et un monde avec l’eau. Et ainsi prendre conscience de sa responsabilité vis-à-vis de la préservation de l’eau. Et de même les guinéens seront plus conscients de l’importance de prendre soin de ces cours d’eaux en danger aujourd’hui.

Sur le plan du renouveau urbain il en sera de même. Le laboratoire urbain que nous prévoyons de mettre en place, portera sur une gestion alternative des eaux pluviales, afin de gérer les problèmes d’inondations de manière durables, et d’optimiser l’accès à l’eau à l’ensemble des Conakryka. Dans une perspective de développement urbain à l’horizon 2040, le postulat de ce laboratoire est de dégager des méthodes écologiques, peu couteuse et à plusieurs échelles, pour trouver des solutions ingénieuse et simple pour pallier aux problèmes d’inondation. Ce laboratoire, constitué d’experts en urbanisme, de géographes, d’écologues, d’étudiant en sociologie, d’urbanistes et d’architectes belgo-guinéens.

Il s’agira à travers des études cartographiques rigoureuses et des rencontres avec les habitants, de proposer des solutions à petites échelles pouvant être par la suite élargi à l’échelle de Conakry. Il s’agit, face au défi que soulèvent les changements climatiques sur les systèmes urbain des villes humides comme Conakry, de chercher des solutions adaptées à l’environnement existant.

Comment trouver des solutions économiques et opportunes pour la vie des Conakryka pour gérer les problèmes d’inondations à venir ?

Et là encore la Guinée jouera un rôle de source d’inspiration. Elle sera un des premiers pays (ouest) africain à mettre en place le principe de water-sensitive city. Un modèle de conception urbaine basée sur la résilience, qui consiste à considérer le risque d’inondations comme une opportunité de revitalisation urbaine. Un modèle jusqu’ici très développé au Danemark.

Le pays pourra ainsi intégrer le programme de « cross-polinization » encouragé par les organisateurs d’Expo 2020. C’est-à-dire faire écho, échanger, partager l’expérience acquise avec d’autres pays sur un thème précis, en l’occurrence l’urbanisme durable. Ce programme d’interaction entre les différents pavillons de l’Expo est aussi un moyen de faire parler de la Guinée en dehors du pavillon proprement dit.

Une autre interrogation posée pendant la visite des experts de Dubaï : quelle a été la contribution de la Guinée aux hommes et à la civilisation humaine depuis son existence ?

Recevoir Katrina et Nicole, c’est avoir eu deux regards différents sur notre pays. Cela nous a permis de prendre d’avantage conscience de nos petits exploits, et des spécificités de ce pays. Nous les avons emmenés chez des producteurs aux moyens technologiquement modestes, mais à la qualité de produits exceptionnelle. Dans l’optique de les promouvoir lors de l’exposition, nos invités nous ont suggéré d’aller vers ces petits producteurs à l’histoire remarquable. Retravailler leur packaging ou la présentation visuelle de leur produit d’une part, mais surtout mettre en avant leur histoire. Accompagner chacun des produits vendus dans la boutique de l’Expo d’un petit texte racontant la genèse des producteurs serait une bonne manière d’optimiser les ventes.

Tel qu’Artex, unité de production de tissus en coton tissé fait-main. La finesse de la maille obtenue grâce à l’élaboration de métier à tisser spécifique, permettant un tissage de fil plus fin. Artex est la figure d’une retranscription moderne, de la technique du tissage traditionnelle. Une perfection du produit fini qui le propulse au rang de la qualité internationale.

Nous sommes également allés voir la talentueuse artiste peintre Irina Condé dans la petite cour de son domicile où nous avons pu apprécier un ensemble d’œuvre d’artistes guinéens qu’elle a en charge de former. Elle nous a fait visiter l’intérieur coloré de sa maison, où Nicole n’a pas résisté à l’achat d’un tableau peint sur une plaque en plexiglas.

Ces sessions d’échanges et visites de terrain nous ont permis de mieux raffiner le concept du pavillon de la Guinée à l’Expo. Nous avons encore plus hâte de présenter à Dubaï toutes les merveilles de la Guinée !

Pour en savoir plus sur notre visite de Kindia avec Nicole et Katrina, nous vous invitons à lire l’article : Kindia, la beauté du terroir guinéen !