La culture de pomme de terre : le secteur privé guinéen engagé dans la riposte à la COVID 19 :

La culture de pomme de terre : le secteur privé guinéen engagé dans la riposte à la COVID 19 : Guinée Expo 2020

Guinée Expo 2020 vise à préparer la participation de la Guinée à l’Exposition universelle qui aura lieu à Dubaï. Le report de l’Expo à 2021 n’est qu’un exemple de l’impact de la pandémie de la Covid-19 sur le monde. Avec 5104 cas recensés et 29 décès déplorés en milieu hospitalier (au 23 juin 2020) la Guinée à l’instar du reste du monde est touchée par le nouveau coronavirus. En appui aux plans de riposte sanitaire et économique mis en œuvre par le gouvernement, le secteur privé national est fortement mobilisé pour éradiquer la Covid-19 en Guinée et venir en aide aux populations les plus fragilisées par le virus. A travers une série d’articles, Guinée Expo 2020 est fier de vous présenter les innovations, créations et actions solidaires mises en œuvre par les citoyens, entrepreneurs et sociétés guinéennes pour vaincre le virus et accélérer la dynamique de développement du pays.   

La crise sanitaire actuelle a affecté le monde entier ; particulièrement le secteur agricole. La Guinée, caractérisée par un ensemble de conditions favorables tels que la richesse et la diversité́ de ses sols, une pluviométrie abondante ainsi qu’une population rurale traditionnellement tournée vers l’agriculture, voit aujourd’hui un secteur porteur menacé par les impacts de la pandémie de la Covid. La demande en produits a fortement baissé à cause de la fermeture de plusieurs marchés hebdomadaires et la restriction de la mobilité vers la capitale et la sous-région continentale ainsi que la réduction de la consommation des restaurants à cause du couvre-feu. Cette crise a mis un coup de frein au développement croissant de la filière agricole.

Ces dernières années le travail de la terre autrefois méprisé, commençait enfin une migration inversée notamment auprès des jeunes entrepreneurs du fait de son attrait financier croissant. La culture de la pomme de terre est l’exemple parfait de ce virement de situation. Un attrait aujourd’hui menacé par la pandémie de la Covid 19. Les difficultés d’écoulement ont engendré des pertes financières conséquentes, pertes de milliers d’emplois et même le risque de l’arrêt de production face à des paysans dans l’incapacité de réinvestir. Ainsi la filière pomme de terre en Guinée, symbole de ce changement de comportement à l’égard de la valorisation des terres guinéennes est au centre des inquiétudes. Face à l’urgence, le gouvernement et les partenaires techniques et financiers se mobilisent pour porter secours aux producteurs de la filière, mais les entrepreneurs jouent aussi leurs rôles. La filière de la pomme de terre est un modèle du développement agricole de notre pays à plusieurs niveaux.

Premièrement, c’est un symbole de développement local. Selon la Fédération des Paysans du Fouta Djallon (FPFD) 60% des 50 000 tonnes de production annuelle proviennent de la sous-préfecture de Timbi-Madina qui avec ses 52 000 habitants (recensement de 2010) est la plus peuplée de la Moyenne Guinée. Les conditions climatiques, altitude (entre 900 et 1200 m) et les bas-fonds et vastes plaines d’environ 30 000 ha font de Timbi-Madina une terre idéale pour la culture de la pomme de terre. En 30 ans la région est devenue le fleuron de la pomme de terre guinéenne et dispose de sa marque commerciale « Belle Guinée » enregistrée auprès de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI) pour protéger la production locale.

De plus, il s’agit d ‘un modèle de la force du concept « Avançons ensemble ». En 1992, les paysans du Foutah (Moyenne Guinée) ont créé une des premières fédérations régionales d’organisation paysanne, permettant l’instauration d’un interlocuteur unique pour conduire un dialogue directement avec le gouvernement et les bailleurs de fonds de la coopération française. Cette mutualisation des forces a permis d’obtenir du gouvernement guinéen de bloquer les importations de pomme de terre pendant la période de commercialisation de la production locale, de février à juin. Grace à ce protectionnisme, qui durera de 1992 à 1998, la filière a pu prendre son essor comme activité commerciale, dépassant le stade de l’autosuffisance alimentaire et s’ouvrir vers l’exportation auprès des voisins non producteurs et gros consommateurs qui importaient leur pomme de terre d’Europe. La prospection des nouveaux marchés a assuré une rentabilité qui repose sur les rendements et non pas sur la réduction des coûts de production. Ainsi le maintien de l’utilisation d’une abondante main d’œuvre au lieu d’une mécanisation intense a permis d’éviter l’exode rural. Toutefois les importants coûts de production font de la pomme de terre un produit difficilement accessible aux populations les plus vulnérables et donc pas un produit de consommation de base.

Les problèmes de la culture et la commercialisation de la pomme de terre en Guinée illustrent les difficultés que peuvent rencontrer tous producteurs africains dès qu’il est confronté à la concurrence internationale. D’un côté, se trouvent les pays développés qui subventionnent leur agriculture et exportent à bas prix leur surplus. De l’autre côté, se trouvent les paysans à qui il est demandé de produire avec des semences et des intrants achetés à prix fort dans les pays développés. Les semences représentent environ 50% du compte d’exploitation, soit environ 70 millions GNF pour un 1ha exploité. Pour pallier à ces difficultés, avec l’appui de la coopération française, la Fédération bénéficie d’un fond de garantie qui leur a permis de contracter un emprunt auprès de la BICIGUI et de la SGBG (de 2.5Millions EUR) à un taux préférentiel. Cet emprunt permet aux producteurs de la fédération de se procurer en début de cycle des engrais et semences.

Les deux autres postes de dépenses qui présentent actuellement un défi majeur pour le secteur agricole sont le stockage et le transport. Aujourd’hui la Covid 19 en révélant les faiblesses des structures logistiques, invite à réinventer les manières d’opérer pour pouvoir les défis en opportunités entrepreneuriales. La conservation de la pomme de terre est assez complexe, en absence de source continue d’électricité, aux coûts de main d’œuvre, viennent s’ajouter les dépenses en carburant pour le maintien de température au sein des hangars. Ces défis présentent des opportunités d’innovation ou d’optimisation de l’existant, comme par exemple le coolBolt, un appareil relié à un climatiseur permettant de régler la température selon les différents produits à conserver développé par Mme Fatou Bah.

Le problème majeur de la logistique en Afrique est que le coût du transport y est beaucoup plus élevé que dans le reste du monde, notamment du fait de la présence de nombreux intermédiaires. A l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) rentre dans sa phase opérationnelle, l’une des clés peut être de développer de la technologie frugale, simple et adaptée au contexte africain. Ceci nécessite de bien connaître le terrain, ce qui caractérise la réticence des logisticiens internationaux à s’implanter devient la force de nos entrepreneurs locaux. Enfin sur le plan pratique, il y a la logistique du dernier kilomètre, qui consiste à amener les biens au consommateur final et à fluidifier les échanges de biens.

L’initiative développée par la plateforme d’entrepreneurs, Entrepreneur Café, propose d’innover sur ce point. En l’espace d’une semaine, en soutien aux producteurs de pomme de terre du réseau Entrepreneur café a mis en place une plateforme d’achat groupé via un google form, un fichier excel nettoyé est ensuite envoyé aux producteurs qui se chargent du transport du Foutah jusqu’à un entrepôt improvisé à Nongo qui va permettre une livraison à domicile de sac de 25kg ou 30kg. A travers cette initiative, la démarche d’Entrepreneur Café consiste à rapprocher les producteurs locaux au consommateur final, grâce à cette première étape, près de dix tonnes de pommes de terre ont été vendues sur une période de 3 semaines. Toutefois, l’opportunité de mettre en place des points relais adaptés à la conservation des pommes de terre, à proximité des consommateurs finaux reste une piste très importante à exploiter. L’initiative de cette plateforme d’entrepreneurs a eu des effets positifs non seulement auprès des producteurs en termes d’optimisation de la chaine de distribution mais aussi auprès des consommateurs, qui en passant par la solution achat groupé saisissent l’opportunité d’acheter moins cher et de se faire livrer les commandes à domicile, réduisant alors les contacts, un impératif en cette période de Covid19.

Grâce à la mobilisation des producteurs, innovateurs et entrepreneurs, les effets de la Covid 19 sur la culture de la pomme de terre ont été mitigés.

  • Vous avez une idée innovante dans le secteur de la logistique, n’hésitez pas à postuler jusqu’au 28 juin 2020 au concours « Social Entrepreneurship Program » Info
  • Vous souhaitez soutenir la filière pomme de terre, passez vos commandes ici
  • Vous souhaitez en savoir plus sur la Fédération des Paysans du Fouta Djallon et la filière pomme de terre, cliquez ici